La Mothe aux Imaginales d'Epinal

Lors de la 20e édition des Imaginales d’Epinal, qui aura lieu du 14 au 17 octobre 2021, le Comité d’Histoire régional vous propose de découvrir « le curieux cabinet ». Y seront présentés des objets mystérieux, sélectionnés par les associations membres du Comité, et représentatifs de leur activité.

L’Association pour La Mothe a choisi de présenter un éclat de bombe incendiaire, lancé par les armées françaises sur la ville en 1634.

 

La gravure est extraite de "Pratique de la guerre" de Malthus (1646). Un mortier envoie une bombe sur La Mothe assiégée.

 

 

L’éclat de bombe incendiaire

provenant de La Mothe »

 présenté dans le « curieux cabinet »

lors des Imaginales d'Epinal

 

 

Le premier siège de La Mothe débuta le 8 mars et s’acheva le 27 juillet 1634. Y participait avec le titre de « commissaire général des feux et artifices de l’artillerie de France » un anglais au service du roi de France, du nom de Francis Malthus.

 

Malthus nous a laissé un intéressant ouvrage, « Pratique de la guerre », dans lequel il affirme que « c’est au siège de La Mothe (qu’il a) tiré les premières bombes qui ont paru en France, et en grande quantité ». Il explique tout d’abord comment aménager une batterie de mortiers (suffisamment proche des positions adverses mais en décalage avec les axes de progression des tranchées amies en cas de chute ou d'explosion prématurée d'une bombe, et devant les canons amis pour éviter les mises à feu accidentelles dues aux projections d'étincelles liées au tir de ces canons), puis comment fabriquer ces bombes et procéder à leur mise à feu.

 

Ces bombes étaient creuses et remplies d'un mélange explosif à base de poudre. Une fusée, généralement de bois (une cheville percée d'un canal rempli de poudre), était introduite dans la lumière — l'œil — et allumée à la main au moment du tir. Il s'agissait donc d'un système à deux feux (l’allumage de la bombe, puis du mortier), qui permettait un retard dans l'explosion de la bombe, soit en l'air au-dessus des adversaires, soit au sol après avoir éventuellement traversé une toiture.

 

Nicolas Du Boys de Riocour, qui figurait parmi les assiégés, nous a laissé dans sa « Relations des sièges » cette description : « les bombes étoient de fer de deux ou trois cents livres de pesanteur, et sortant du mortier avec un coup sourd, elles se guindoient assez lentement vers le ciel plus de deux cents piques sur la ville, et puis, d'une chute précipitée, se faisant connoître par un tournoiement en l'air et quelques bluettes de feu qui sortoient de la mèche attachée à leur lumière, elles alloient si rudement fondre sur la ville, que de leur pesanteur elles enfonçoient les couvertures les plus solides, écrasoient les planchers ; et, quand la composition dont elles étoient remplies venoit à prendre feu, leur ventre ne s'étoit pas crevé, que les éclats d'un côté et la force d'un air de l'autre découvraient les maisons, fracassoient tous les bois et ébranloient de telle furie les pignons et les gouttières, que l'effet d'une seule bombe a produit la ruine de plusieurs grands logis. Certains « croyant s'éloigner d'un tel coup trouvoient que le lieu même de leur fuite étoit la chute de la bombe, qui tantôt étouffoit la personne par la puanteur de son soufre, ou par l'épaisseur d'une fumée toute empestée ; tantôt, par l'action d'un feu fort subtil, après avoir mis en morceaux et en cendres l'habit, le chapeau, la chemise et les souliers, attachoit ses flammes au corps des personnes qu'elle rencontrait, leur ôtant avec leurs habits toute figure d'homme, et imprimant toujours sur quelque partie de leurs corps les caractères ineffaçables de ses flammes ».

 

Ces bombes étaient lancées par des mortiers de calibre 12 pouces (325 mm), leur taille devant être, selon Francis Malthus, « du calibre de onze pouces et demi, et seront d'un pouce et trois lignes d'épaisseur, et chacune aura deux anses près de sa lumière, et ces anses seront un peu fortes ; la lumière sera d'un pouce et deux lignes de diamètre ».

 

Le fragment que ne présentons ici pèse 3,46 kg : le diamètre initial de cette bombe avoisinait 31,5 cm, et son poids total 75 kg.

 

La Mothe, deuxième place forte de Lorraine après Nancy, et constamment modernisée jusqu’à sa destruction, est surtout connue par les trois sièges qu’elle soutint face aux armées françaises.

 

Ce fragment de bombe est donc un symbole fort du rôle stratégique de la ville, qui fut d’ailleurs la cause de sa perte.

 

Découvrez ici l'ensemble du curieux cabinet

 

 

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